13 – Le paysage se transforme

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Vous croyez qu’Obélix imaginait que les Romains construiraient un amphithéâtre à Grand ? 20 000 places au milieu de nulle part, 10 fois plus que le stade Pacini, autant que Marcel-Picot ? Cet amphithéâtre, Libaire, elle, l’a toujours connu ; elle aurait été ravie de savoir que, quelques siècles plus tard, il n’en resterait que deux arches, signe que les Romains, avec leurs cultes païens, s’étaient enfin pris une pâtée – deux arches encore visibles il y a 20 ans, aujourd’hui masquées en partie par la couverture en bois des nouveaux gradins. Le paysage se transforme.

Je n’ai pas vu beaucoup de bêtes pâturer les  pelouses calcaires de Rollainville, mais ces précieux espaces n’existeraient pas aujourd’hui si ces versants, trop secs pour être cultivés, n’avaient pas été pâturés pendant des siècles. Le paysage se transforme.

Le paysage se transforme. Abandon, attaque du phylloxéra, concurrence des vins du sud : seul un petit coup d’œil sur la carte nous confirme qu’il y avait bien des vignes sur tous les versants bien exposés de la région, sur le coteau de Midrevaux, au nord de Dommartin-sur-Vraine, ou à Autigny-la-Tour, par exemple.

Le paysage se transforme. Les terres agricoles épuisées des Landes ont été massivement plantées de pins au 19ème siècle. Il s’agissait d’une décision politique, inscrite dans la loi du 19 juin 1857 qui visait l’assainissement des terres marécageuses. Elle mit fin à la vaine pâture, et les bergers  perdirent leurs moyens de subsistance. Au 20ème siècle, la forêt landaise a subi des incendies importants et en 2008 les ravages de la tempête Klaus.

8 – Le paysage urbain

Notre-Dame de Paris

Vous vous souvenez du paysage vu depuis la basilique du Bois chenu ? Des arbres, une rivière, une route, des voitures (… et des gugusses dans les voitures), une maison (et aussi, des prés, un champ, de la forêt, des vaches…). Tiens, ça alors, j’ai vu la même chose en plein Paris ! Bon, un peu plus de voitures (et de gugusses…), un peu moins d’arbres, un peu plus de maisons, et des maisons plus grandes, une grosse rivière – un fleuve quoi – : la Seine.  Pas de vaches, mais des moineaux, pas de prés, mais des plates-bandes. Pas de basilique, mais une cathédrale, Notre-Dame !

Le paysage de la ville, le paysage urbain, existe. Evidemment, puisque vous le regardez ! Regardez par la fenêtre, sortez de chez vous : vous le voyez. Il ressemble finalement au paysage de la campagne, auquel on pense si naturellement.

La différence ? Une question de dosage entre la part de la nature et la part des aménagements créés par l’homme. Au fait, ne soyez pas vexé : j’aurais pu prendre Rebeuville au lieu de la capitale, ça n’aurait rien changé. Le paysage de Rebeuville, d’Aouze ou de Bréchainville existe lui aussi.

7 – Le paysage, nature marquée par l’homme

Vallée de la MeuseEncore une semaine d’observation derrière vous ? Vous devenez fort ! Bon, si je vous dis : là, devant vous, une haie constituée d’arbustes de jardin, puis une prairie,  légèrement en pente ; une clôture de parc et une autre prairie qui continue sa descente ; une haie à mi-pente, naturelle, avec des arbres, des arbustes, bas, hauts, arrondis, pointus ; un champ en fond de vallée, avant les boucles bleutées de la rivière, bordée de haies transparentes ; encore des prairies, et quelques vaches ; un grand alignement d’arbres, horizontal, avec quelques points clairs – les voitures – entre les troncs ; derrière, loin, un trait vert foncé – une ligne de haies, au pied de la pente qui remonte doucement, en face ; une maison blanche, bien visible, à mi-pente, et tout au fond, un peu plus haut, un bandeau de forêt qui épouse la forme en trapèze de la côte.

Alors ? Vous avez deviné ? Mais si, vous connaissez ! Vous l’avez déjà regardé ce paysage.  On parie ? Vous savez, quand on sort de la Basilique de Notre-Dame du Bois Chenu, on n’a qu’une envie, c’est de traverser la route. Traverser, et regarder. Il me semble même qu’il y avait (y est-elle encore ?) une lunette ! C’est évidemment la vallée de la Meuse, le plateau de Chatel, et entre les deux, la route de Coussey  à Domrémy !

« Le paysage, c’est la nature« , m’a dit la fille du boucher. Oui. Et non. Le relief, les cours d’eau, oui, c’est la nature. Les vaches et les voitures – les êtres vivants qui occupent l’espace (bon, je voulais dire : les gugusses dans les voitures !) -, c’est aussi la nature. La végétation, c’est la nature, mais plus ou moins modifiée par la main de l’homme : l’alignement d’arbres a été planté, le champ a été semé ; contrairement aux autres haies, la haie à vos pieds est constituée de variétés horticoles, plantées elles aussi.  Et puis, il y a la clôture, la route, la maison : les constructions de l’homme. Le paysage, c’est la nature, mais la nature marquée par l’action de l’homme.

6 – Le paysage relief

VosgesVous n’aimiez pas la géo, à l’école ? Ce n’est pas grave.  Voilà deux semaines que vous regardez le paysage, et vous voyez des combes, des vallons, des coteaux, des plateaux, des ruisseaux, des étangs, une falaise, une crête : de la géographie à l’état pur. De la géographie physique. Et ça passe tout seul ! Heureux miracle !

Le paysage, c’est d’abord cela, ce sol qui supporte tout, avec son relief, avec ses cours d’eau. Autant dire qu’il n’est pas tout jeune, notre paysage. Avec ses accumulations de sédiments qui vous font les calcaires au fond des mers, avec ses soubresauts qui vous font surgir une montagne, avec ses mouvements désordonnés qui vous effondrent une vallée ; puis l’usure du temps et du climat, qui vous arrondit les angles et adoucit les pentes.

Tiens, vous avez vu ? Tous les villages de la vallée de la Saônelle, Villouxel, Pargny-sous-Mureau, Midrevaux, Sionne… tous calés à l’abri de la côte, tournés vers les premiers rayons du soleil levant. Et Autigny-la-Tour ? Lové dans un méandre du Vair. Vous avez vu, aussi, les prairies en fond de vallée, les champs et les forêts sur les plateaux ? Et vous savez que sur les flancs de nos montagnes vosgiennes s’étagent les forêts de feuillus, puis les sapins, enfin les chaumes, ras. Le relief crée les zones d’ombre et les zones de soleil, il crée les abris et les étendues ouvertes, crée les sols fertiles et ceux qui le sont moins. La diversité de la végétation, la diversité de l’occupation des sols…. et la diversité du paysage que nous regardons en résultent directement.