65 – La place dans le paysage

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J’en profite… J’ai une petite chance que, au pied du sapin de Noël, vous ayez retrouvé votre esprit d’enfant. Les grands, souvent, oublient comment ils étaient, enfants.

Moi, je me souviens du plaisir inouï que j’avais, pitchounette de quatre ans peut-être, à m’installer sous la table de Louloute, la voisine, pendant que celle-ci et ma mère taillaient une bavette. A l’abri du retombé de la nappe, j’étais immensément heureuse d’être retirée dans cet espace parce qu’il était « construit » : le cloisonnement créé par le piètement à balustre en faisait une « maison ». J’étais « chez moi ». Et vous ? Avez-vous souvenir de ces coins et recoins où vous aimiez vous réfugier en imaginant être « chez vous » ?

Dans les villes et les villages,  certaines places éveillent aussi un sentiment agréable de bien-être. Avez-vous déjà essayé de repérer ce qui fait que vous avez plaisir à passer par telle place, que vous la préférez à telle autre, que vous vous y installeriez volontiers ?

64 – Le paysage gaspillé (bis)

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Hep, la Marie, tu ne voulais pas me croire ! Mais si, chez nous aussi, on grignote, on dévore, on s’éparpille. Tu as vu ce plan ? C’est un de nos villages. Et que vois-tu ? A droite en bas, des taches collées les unes aux autres, à gauche, des taches largement séparées les unes des autres. A droite, l’ancien village, à gauche le lotissement qui s’y est ajouté au fil des ans.

Et tu vois aussi comment, dans la partie ancienne, on devine la rue, tracée par les façades quasiment alignées, qui délimitent un vrai espace commun, contenu, avec un contour propre. A gauche aussi, une des séries de taches est à peu près alignée, dessinant vraisemblablement un côté d’une rue. Mais celle-ci est un espace troué, qui part en javelle, sans deuxième côté. Et que dire du paquet de taches en haut à gauche ! Il y en a un peu dans tous les sens. On n’y comprend plus rien. Qui est capable de dire où passe la rue ? Pas moi !

Pas grave que tu n’aies pas reconnu où nous sommes : je ne dois pas me tromper de beaucoup en disant qu’il n’y a pas un seul village de notre communauté de communes (et des autres…) qui ne ressemble à ce schéma. Un schéma qui n’est pas une fatalité, je l’ai déjà dit. C’est à cela que sert de réfléchir à un plan d’urbanisme, pour le bien et sage vivre ensemble.

63 – Le paysage gaspillé

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J’ai mis des flèches pour que vous voyiez mieux.

Nous ne sommes pas dans les Alpes-Maritimes, si convoitées, et où l’on trouverait presque normal que l’espace soit grignoté (plutôt dévoré !) par les maisons disséminées, avec leur pelouse, dans le milieu naturel.

Nous sommes en Meuse, un des départements les moins peuplés de l’Hexagone. Et, alors qu’au premier plan, on voit les toits des maisons de la ville originelle, justement regroupés en « ville »,  les constructions neuves ont commencé à s’éparpiller dans la colline, là où vous voyez les flèches.

La densité de population du territoire n’a rien à voir avec le phénomène de mitage du paysage. C’est plutôt le résultat d’une absence de réflexion, d’anticipation et de volonté politiques en matière d’aménagement et une absence de pédagogie qui conduisent à ce gaspillage.

62 – Le paysage mité

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Vous en avez de la chance (?) : je n’arrête pas de penser à vous !

J’ai pensé à vous (et à mes chroniques, soyons honnête !) lorsque, en septembre, j’ai vu cela, depuis le haut d’un village des Alpes-Maritimes. J’y étais pour présenter un travail sur les « allées » d’arbres dans le cadre du bilan du Programme de recherche et d’innovation dans les transports terrestres.

J’ai pensé aux chroniques que j’avais faites sur les lignes visibles dans le paysage. Ici, pas de lignes, en dehors de celle, ondulant doucement, de l’horizon. Pas de lignes, mais des taches claires qui trouent la végétation à chaque nouvelle maison.

Comment tout cela est-il organisé ? On a peine à le dire : toutes les maisons sont jetées là, une fois orientées dans un sens, une fois dans l’autre, une fois installées dans le creux, une fois un peu plus haut, une fois tassées ensemble, une fois éparpillées.

Comment passe-t-on d’une maison à l’autre ? On imagine qu’il faut un dédale de routes coûteuses, qu’on ne voit pas, mais qui, elles aussi, ont soustrait de la nature à la nature. Comment y ramasse-t-on les ordures ménagères ? En faisant courir des éboueurs le long de ces mêmes longues routes. Comment y distribue-t-on le courrier ? En envoyant des voitures jaunes sillonner les serpents de bitume. Comment y achemine-t-on le téléphone, l’électricité, l’eau ? En creusant des tranchées longues comme le bras de pieuvres tentaculaires.

Pas très économique, tout ça. Un peu égoïste, aussi, chaque villa « Ça m’suffit » confisquant un espace de nature à son seul profit.