27 – Le micro-paysage

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Degré « zéro » de la peinture et du paysage : blanc sur blanc, blanc à perte de vue, blanc à y perdre la vue. Sans piquets, arbres, haies, hangar, cabane.

Il a suffi de quelques jours de soleil pour que, sur cette toile blanche, on voie se dessiner des tissus rayés « tennis » ou « craie », des toiles à chevrons, « pied-de-poule », « Prince-de-Galles » ou « caviar ».

Ce qui nous paraît si « plat » en temps normal est tout à coup apparu en relief et l’on a vu clairement les billons faisant onduler les prairies en bandes régulières. Témoins, des décennies après leur abandon, de techniques qui permettaient le drainage des planches de culture, bombées, et l’écoulement des eaux vers les bords des parcelles et les fonds des vallons. En planches larges, une fois la hauteur de l’ados voulue atteinte, on alternait les labours rejetant la terre vers le centre, pratiqués pour les céréales d’hiver pour éviter la pourriture des racines, et les labours rejetant la terre vers les bords, pour les semailles de printemps, nécessitant de l’humidité pour la levée.

Dans les champs, arasés peu à peu par les labours à plat, pour peu qu’ils soient transversaux, les microreliefs se brouillent, créant des motifs géométriques nouveaux, qui accrochent le regard en même temps qu’ils signent la perte d’une science patiente, de techniques de labour fines pratiquées par des générations de laboureurs.

26 – Le « degré 0 » du paysage

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Vous aimez l’art abstrait ? On va commencer simple. Et le plus simple, c’est bien sûr le blanc. Vous le voyez, là, en bas (au-dessus, c’est du gris, avec quelques petites nuances).

Comment ça, ça ne vous dit rien ? Vous avez passé février sans voir la neige ?  L’immensité blanche des champs de neige ?

Du blanc, rien que du blanc. C’est beau, ce blanc cotonneux qui couvre tout, qui cache tout, ce blanc immaculé, éclatant, dans lequel les sons s’enfoncent pourtant sourdement.

Là, sur ce bout de paysage qui s’étendait à perte de vue, il n’y a, sous le ciel, que du blanc. Pas le moindre piquet de clôture, le moindre arbre, la moindre cabane. Rien. C’est beau, le blanc. Mais là, il y en avait trop. On s’y noyait les yeux.

Je crois me souvenir qu’un artiste avait exposé une toile blanche dans une exposition très officielle. Sur un mur blanc, sans doute. Je ne suis pas sûre que j’aurais apprécié. Vous non plus, sans doute. D’ailleurs, un autre artiste très coté qui peint des choses analogues qualifie son art de « degré 0 » de la peinture….

17 – Le paysage… de saison

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Vous vous souvenez de la « devinette » du mois d’octobre ? Une haie horticole, une prairie en légère pente, une clôture de parc, une autre prairie, une haie naturelle mélangée, un champ, des boucles bleutées bordées de haies transparentes, d’autres prairies, un alignement d’arbres, encore une ligne de haies, une maison blanche, et tout au fond, un peu plus haut, un bandeau de forêt épousant la forme en trapèze de la côte ? Le paysage que l’on voit depuis la Basilique de Notre-Dame du Bois Chenu, à Domrémy, bien sûr !

Je l’ai vu cette semaine. Le même paysage ; et pourtant, pas le même. Question de saison, question de météo. Totalement dépouillés de leurs feuilles, les haies et les houppiers des arbres sont plus transparents, les terres sont plus uniformément vertes et les bois plus bruns. Les pluies ont fait surgir de multiples langues d’eau, miroirs changeants, bleutés ce matin sous un ciel virant de l’encre au bleu dragée, barré de nuages colorés, gris, blancs, bleus, violets.

Je vous souhaite une année couleur paysage : une année riche et vivante, porteuse d’éternité.

11 – Le paysage cuivré

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Je suis sûre que vous avez vu. Sûre et certaine. Pas possible autrement. C’était jaune doré. Avec des tons cuivrés. Toute une palette de roux-bruns. On attendait ça depuis un certain temps. Ça couvait. On savait bien que ça viendrait ; comme chaque année. Pourquoi cette année aurait-elle été différente ?

C’est toujours un peu comme une explosion. Un beau matin, voilà les arbres qui éclatent de couleur. Ils n’étaient plus vraiment verts depuis longtemps déjà, mais on ne les voyait pas si lumineux, si colorés. La faute au ciel assombri par la pluie ? La faute à l’épais coton du brouillard ? Peu importe. Voilà que, sur un fond palot de ciel bleu, ils se font brusquement – et brillamment – remarquer.  Des feuilles jaune vif  virevoltent lentement, et au pied, c’est déjà un cercle doré, tel qu’on imagine le déshabillé de satin glissé des épaules de la belle. Leur heure de gloire sera courte.

Je n’ai pas eu le temps de me promener. Mais la traversée entre le Bois des Gourseaux et le Bois des Fontenelles, malgré la vitesse, m’a mise de bien bonne humeur. Je souriais, c’est sûr. C’était vivifiant, ce défilement de lisières où, quelquefois, un bouquet plus rouge que les autres captait le regard. Et pour rentrer, j’ai pris le chemin des écoliers, par Maron et la vallée de la Moselle. A hauteur du ball-trap, la lumière du soleil déjà bas s’était glissée entre les hêtres cuivrés. Et la lumière elle-même était cuivrée et chaude. Et emplissait tout l’espace. Une sensation étrange de pénétrer dans cette lumière comme dans une matière scintillante. J’étais sûrement moi aussi un peu plus belle.

Ce n’est pas possible que vous ayez raté cela.