20 – Un paysage boulotté

Pas sympa de revenir chez les cousins tous les dix ans seulement ! Et de faire alors « le point » sur la transformation d’un paysage qui fut, pour moi, paysage de cocagne. Pas sympa, mais instructif : l’urbanisation ne passe pas inaperçue…

Il y avait la « capitale », Toulouse, puis, au nord, une campagne, et un peu plus au nord encore, à une trentaine de kilomètres, dans cette riante campagne, « nos » villages, ceux des arrière-grands-parents et grands-parents. Maintenant, la ville pousse jusqu’aux trois quarts du chemin, bientôt rejointe au nord par le nouveau Pompignan : l’ancienne nationale n’échappe que sur quelques kilomètres à une succession d’habitations et de déserts cailloutés, bitumés et grillagés où s’alignent des voitures, des tracteurs et des piscines qui attendent le client.

Les pentes du coteau, qui constituaient la vénérable bordure de la vallée de la Garonne, n’ont pas connu un meilleur sort : elles sont dévorées par un semis de villas « méditerranéennes ». Vous les connaissez : ce sont les mêmes que celles  des banlieues de la Côte d’Azur, à 400 km de là, ou celles qui, à mi-chemin, dans l’Hérault, avalent les terres de Lunel : plantées dans un même carré de terrain, même volume, mêmes enduits, mêmes tuiles rondes, même portique. Or, tout comme le bâti n’est pas agencé de la même manière à Trampot, à Rebeuville ou à Autreville, qu’on n’y trouve pas les mêmes portes de granges, entrées de caves ou ouvertures éclairant les combles, de même les constructions de la Haute-Garonne avaient autrefois leur particularité, selon leur fonction et selon leur terroir.… Que diriez-vous si on produisait le même vin (qui plus est, une piquette…) de Beaune à Saint-Emilion ?

19 – Un paysage de douceur

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Nos moutons ! Revenons à nos moutons !

Le paysage ne nous est pas tombé du ciel.  Il  se lègue de génération en génération, chacune y apportant sa touche. Les transformations progressives passent pour l’essentiel inaperçues. Brutales, elles s’oublient généralement à mesure qu’on s’y habitue. Pour voir les évolutions du paysage, rien de tel que de « faire le point » à intervalles réguliers. Voilà ce que je fais, sans le vouloir vraiment, lorsque je retourne, épisodiquement, dans le berceau de la famille, la vallée de la Garonne, au nord de Toulouse.

Vous quittez la banlieue vers Saint-Jory, en « remontant » la mythique nationale 20 vers Paris et abordez un paysage aimable. A droite, la bande des coteaux, doucement pentus, qui marque le rebord de la vallée de la Garonne, vous accompagne. La côte, soulignée par un feston vert d’arbres et de buissons, est ponctuée des alignements sages des villages aux maisons souvent basses, ornements de briques et volets gris.  A l’arrière s’étend  le plateau  avec ses vignes, ses champs, ses petits bois. Au pied du coteau, à votre gauche, à gauche de la route, la ligne de chemin de fer de Paris et le canal latéral de la Garonne : les voies de communication principales s’inscrivent dans un étroit faisceau. Puis, plus à gauche encore,  c’est la vaste plaine dans laquelle s’étale « Garrrronne », comme on dit là-bas, un fleuve sans article, comme on dirait « Robert » ou « Renée », personnage, vivant, qui roule ses flots comme on roule ses « r ».  Et dans cette plaine cultivée, quelques villages et quelques fermes isolées : Borde basse, La Belle Gabrielle…

Revoir ce paysage tous les 10 ans environ est particulièrement instructif : vous imaginez le filleul vu au baptême, à la communion, puis à son mariage… ? Pas besoin de vous faire de dessin : il vous est facile de voir, à chaque fois, combien il a changé ; plus facile que si vous le voyiez tous les jours.