54 – L’odeur, avant-goût du paysage

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Pour aller présenter mes travaux dans le cadre du projet ITTECOP (Infrastructures de Transport Terrestres, Ecosystèmes et Paysages), piloté par le ministère de l’écologie, j’ai choisi le train. Je suis arrivée à la gare TGV d’Aix-en-Provence après dix heures du soir. Il faisait encore chaud. Quelques heures plus tôt, à Neufchâteau, les températures avaient, elles aussi, allègrement dépassé les 25 °C.

Un parking de gare grillagé, une voie rapide et un parking d’hôtel exigu : c’est tout ce que j’ai vu du paysage de la Provence ce soir là. Un paysage banal.

Et pourtant. A peine débarquée, je savais que le paysage du lendemain n’aurait pas grand chose à voir avec nos paysages lorrains. J’étais enveloppée, au cœur même de la gare, par une odeur chaude, subtile, complexe de résine, nouvelle pour moi. Un vrai délice. Et une vraie promesse : demain, je découvrirais les grands platanes qui font de l’ombre au cœur des villages, les maisons élancées pressées le long de ruelles étroites au sommet d’une colline, et surtout, surtout, la garrigue, qui m’offrait un avant-goût de ses parfums.

51 – Le paysage monument

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Beau ? Pas beau ? Ce n’est même pas la question : tu nous barbes, avec ton diffuseur de parfum que tu n’utilises jamais et qui encombre l’étagère !

Oui, mais c’est Papa qui me l’a offert. On se faisait rarement des cadeaux, à la maison. Je veux dire des « vrais » cadeaux, emballés et enrubannés. Pas d’argent à consacrer à ça. Alors, je le garde ; et le garderai. Il est le lien avec mon père, disparu depuis trop longtemps, déjà. Il me rappelle tout à la fois son amour pour sa fille, sa vie rude, son sourire si doux ; il me rappelle que je lui dois d’être qui je suis aujourd’hui, dans une lignée où se pressent dans ma mémoire Jean-Jacques, le grand-père, Toinettou, la grand-mère, l’arrière-grand-père « Guil-i-aume » – eh oui, dans ce Sud-ouest de la France, le l « mouillé » était de rigueur – et l’arrière-grand-mère, la Ménine Cathou.

Je suis sûr que vous, c’est pareil. Peut-être que ce que vous gardez précieusement de vos anciens, c’est une chaise sculptée : elle a en plus la valeur de la beauté du geste du sculpteur qu’était votre père.

Ce qui vaut pour nous individuellement vaut pour la société. C’est cela qu’exprime la loi sur la protection des Monuments historiques dont on a fêté les 100 ans lors des Journées du patrimoine le week-end dernier. L’intérêt de telles journées ? Prendre le temps de s’arrêter pour renouveler notre regard. Car je suis sûre que vous ne « voyez » plus – si vous les avez déjà vus – les marques de tâcherons sur les pierres de la façade de l’église, ou l’escargot sculpté sur une des tombes du cimetière. Tout comme vous ne « voyez » même plus la délicatesse de la rosace ornant les dés de raccordement de la chaise sur laquelle vous vous asseyez tous les jours, tant elle fait partie « des meubles », comme on dit si justement…

Au fait, saviez-vous que des arbres sont aussi protégés en tant que monuments historiques ? C’est le cas de cette allée de 257 platanes qu’empruntent quotidiennement des milliers de Seine-et-marnais se rendant à leur travail en passant devant le château de Vaux-le-Vicomte.