56 – Le paysage de couture

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Paysages naturels et paysages des villes et villages ont chacun leur propre structure, leur propre organisation. Mais des liens existent entre les deux. Les voies de transport – routes, voies ferrées, canaux – ont vocation à tricoter ensemble tous les morceaux du paysage. Elles se glissent de la campagne dans les villes, traversant au passage les villages.

D’autres éléments de liaison existent. Le long muret en pierres sèches présent aux abords des premières maisons de Brechainville se prolonge dans un paysage de prairies en direction de La Violette. Ici, ce sont les arbres qui bordent la route dans la rase campagne du Brandebourg, en Allemagne, qui pénètrent jusqu’au cœur du village.

Ces liaisons permettent les échanges entre les milieux, amènent très simplement la nature en ville. Elles créent une transition progressive entre deux univers, adoucissant le passage de l’un à l’autre.

55 – Le paysage de pierre sèche

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A l’extérieur de nos villages, l’espace est découpé par les haies, les clôtures de parc, les limites géométriques des parcelles. Dans nos villages, ce sont des murets en pierre sèche qui réalisent quelquefois encore ce découpage.

On ne peut qu’admirer la qualité de ces constructions, un immense puzzle vertical constitué de pièces toutes rectangulaires, mais toutes différentes, agencées pourtant de manière à produire une certaine régularité. Ces murs tiennent depuis des décennies sans « colle », par le choix judicieux des pierres et leur calage précis. Ils sont le témoin d’un véritable art, d’un métier à part entière, reconnu aujourd’hui par un certificat de qualification professionnelle.

Dans les joints minces, le soleil s’accroche, créant un dessin abstrait de lignes brisées horizontales et verticales, noires. Des lichens blanchâtres, jaunes, ou d’un orange prononcé apportent des touches de couleur qui se marient discrètement au gris de la pierre. Des mouches, des abeilles solitaires, des araignées se plaisent dans cet environnement. Et qui n’a pas vu un lézard, tout réchauffé, se faufiler et disparaître entre deux pierres ?

Vous avez vu autant de vie dans un mur en parpaings enduits ?

10 – Le paysage patrimoine

VillarsLa Violette, là-bas, vous la voyez ? Je veux dire la ferme, bien sûr. Oh, pardon, vous ne pouvez pas la voir, dans son écrin de haies et d’arbres qui l’abritent du vent d’ouest. C’est que le grand-père de la Renée y était attaché, à ses arbres ! Et ces murets en pierre sèche ? Paulette m’a raconté que son arrière grand-père, Alphonse je crois, ramassait les cailloux dans les champs et les alignait ainsi au bord du chemin.

Tu te souviens, toi, de la crise, quand Vanessa ne retrouvait plus la broche en argent que lui avait laissé Mamie ? Opération ménage de printemps en plein décembre : on a tout retourné pendant une semaine, même le frigo et le congel ! Elle y tenait tellement, à cette broche : Mamie l’avait eue en cadeau de sa propre grand-mère pour ses fiançailles. Eh oui, vous héritez d’un simple bijou, d’un château, d’une maison, d’un bout de verger : vous n’avez pas envie que cela se perde. Ou soit dilapidé. Ou revendu au plus offrant. Vous le gardez et le transmettez à votre tour.

Le patrimoine, c’est ce que l’on fait ainsi passer d’une génération à la suivante. Ce qui nous rattache à nos racines et nous tourne vers l’avenir. Donne sens à notre vie en nous situant dans une histoire. Ce n’est pas une question de placement bancaire : cette petite fleur en argent ciselé ne valait pas grand-chose. C’est une question de respect. Respect de Mamie et de sa tendresse pour Vanessa, respect de la grand-mère de Mamie et des mois de petites économies qu’il lui avait fallu mettre bout à bout, patiemment…

50 ans, un siècle, mille ans, plus encore… nos paysages sont le fruit d’années et d’années du travail de la nature et du travail des hommes – de leur amour, aussi -. Un patrimoine légué par nos anciens à nous tous. Un patrimoine que nous lèguerons à notre tour.