27 – Le micro-paysage

Paysage_27_2013_03_15

Degré « zéro » de la peinture et du paysage : blanc sur blanc, blanc à perte de vue, blanc à y perdre la vue. Sans piquets, arbres, haies, hangar, cabane.

Il a suffi de quelques jours de soleil pour que, sur cette toile blanche, on voie se dessiner des tissus rayés « tennis » ou « craie », des toiles à chevrons, « pied-de-poule », « Prince-de-Galles » ou « caviar ».

Ce qui nous paraît si « plat » en temps normal est tout à coup apparu en relief et l’on a vu clairement les billons faisant onduler les prairies en bandes régulières. Témoins, des décennies après leur abandon, de techniques qui permettaient le drainage des planches de culture, bombées, et l’écoulement des eaux vers les bords des parcelles et les fonds des vallons. En planches larges, une fois la hauteur de l’ados voulue atteinte, on alternait les labours rejetant la terre vers le centre, pratiqués pour les céréales d’hiver pour éviter la pourriture des racines, et les labours rejetant la terre vers les bords, pour les semailles de printemps, nécessitant de l’humidité pour la levée.

Dans les champs, arasés peu à peu par les labours à plat, pour peu qu’ils soient transversaux, les microreliefs se brouillent, créant des motifs géométriques nouveaux, qui accrochent le regard en même temps qu’ils signent la perte d’une science patiente, de techniques de labour fines pratiquées par des générations de laboureurs.

26 – Le « degré 0 » du paysage

Paysage_26_2013_03_08

Vous aimez l’art abstrait ? On va commencer simple. Et le plus simple, c’est bien sûr le blanc. Vous le voyez, là, en bas (au-dessus, c’est du gris, avec quelques petites nuances).

Comment ça, ça ne vous dit rien ? Vous avez passé février sans voir la neige ?  L’immensité blanche des champs de neige ?

Du blanc, rien que du blanc. C’est beau, ce blanc cotonneux qui couvre tout, qui cache tout, ce blanc immaculé, éclatant, dans lequel les sons s’enfoncent pourtant sourdement.

Là, sur ce bout de paysage qui s’étendait à perte de vue, il n’y a, sous le ciel, que du blanc. Pas le moindre piquet de clôture, le moindre arbre, la moindre cabane. Rien. C’est beau, le blanc. Mais là, il y en avait trop. On s’y noyait les yeux.

Je crois me souvenir qu’un artiste avait exposé une toile blanche dans une exposition très officielle. Sur un mur blanc, sans doute. Je ne suis pas sûre que j’aurais apprécié. Vous non plus, sans doute. D’ailleurs, un autre artiste très coté qui peint des choses analogues qualifie son art de « degré 0 » de la peinture….

25 – L’album photo du paysage

Paysage_25_2013_03_01

« – Notre Plaine transformée comme la campagne de Toulouse ? – Tu n’y crois pas ?  T’as raison.  Des pavillons et des clôtures à la queue leu leu, du maïs à perte de vue, un chapelet de gravières  et de tas de cailloux …., on n’en aura pas … autant.  La question, c’est de savoir quand est-ce qu’on en aura … trop…  N’oublie pas, le premier reste toujours le premier, c’est sûr ; mais c’est rare qu’il reste tout seul : c’est comme le premier graffiti, il donne des idées aux autres ! »

Je pourrais en énumérer, de ces « premiers », sur mes routes habituelles ; des « premiers » qui ont déjà fait des petits, qu’il s’agisse de pavillons sur un flanc de coteau, au milieu de nulle part,  de haies labourées, de trous dans la vallée de la Meuse endormeuse,  de tas de gravois le long d’une route panoramique, avec en fond de plan, un clocher roman…

Tu ne me crois pas. Commençons un observatoire photographique, alors ! Comme on photographie Marie. Marie dans le berceau, Marie et sa première dent, Marie faisant ses premiers pas, Marie soufflant sa deuxième bougie, Marie entrant à la maternelle, Marie à sa communion, …. : à chaque saison, année après année,  photographions  sous le même angle des morceaux de notre paysage familier. C’est sûr que nous le verrons mieux évoluer. Et nous comprendrons mieux comment il évolue. Bon, alors, au boulot !

24 – Un paysage à gérer

Paysage_23_2013_02_15

Que restera-t-il du paysage dans 5 ans, 10 ans, 20 ans – tu crois que c’est loin, Zabeth ; non, tu verras, même 40, c’est demain ! -?  Sandrine et Jérémy  garderont-ils leur vue « du tonnerre » ? Se passera-t-il la même chose que dans la vallée de la Garonne – des maisons qui attirent des maisons, des clôtures qui suivent d’autres clôtures, des gravières qui s’égrènent derrière d’autres gravières ? Que restera-t-il du paysage, bien public, qui nous est donné à tous en partage, dont chacun jouit également ?

L’un (vous) y a gagné (provisoirement), avec sa vue « imprenable » etc, les autres (tous – vous aussi, au bout du compte !) y ont perdu (définitivement). Perdu  la vue (confisquée pour toujours), avec  le reste,  privatisé, appauvri, toujours plus.

Fatalité ? Pas nécessairement. « Les paysages (…) font partie du patrimoine commun de la nation.  Leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état et leur gestion sont d’intérêt général » (article L 110-1 du Code de l’environnement).

La clé est là : dans la gestion. C’est-à-dire dans  la réflexion, l’anticipation, la définition d’objectifs, la définition de plans…. et  une évaluation continue.  C’est de la responsabilité des élus  et de leurs services techniques,  garants du bien commun, en association avec nous.  C’est la raison d’être des plans d’aménagement et des plans d’urbanisme.

Au bout du compte, le paysage est vraiment le visage d’un territoire : mité, il n’est rien d’autre que la preuve éclatante de l’incurie de ses gestionnaires  et  du chacun pour soi de ses habitants. Soigné, il est la vitrine d’un pays où les habitants ont le souci des autres. Un pays où, assurément, il fait bon vivre.