96 – Le paysage de la belle étoile

J’vais l’écrire ? J’vais pas l’écrire ? D’habitude, à cette époque, je vous demande si vous êtes sorti avec Rémi ou Coralie pour profiter du paysage, et là, je voulais même vous demander autre chose. Mais le temps nous a tellement mouillés ! Tant pis, j’me lance !

Je lis « Jardin, paysage et patrimoine. Nouvelles pratiques ». C’est un des cahiers techniques  publiés par l’association REMPART pour aider tous ceux, associations, petites communes et autres, qui travaillent à la restauration et à la mise en valeur de leur patrimoine comme à Lafauche ou ailleurs.

L’auteur, Joël Chatain, est un paysagiste-conseil balèze. Un de ces gars à la fois pointus, fins, et proches. Ses réalisations sont à son image : sensibles, simples et généreuses à la fois. C’est sa recommandation aux paysagistes (et aux autres) qui m’a donné l’idée de ma question : « il est important de dormir dans votre terrain, à la belle étoile ou sous la tente ; de cette manière, vous prendrez le temps des contemplations sur le cycle complet d’une journée à défaut de suivre un terrain sur une année complète ».

Alors, vous avez déjà dormi à la belle étoile ? Non ? Même pas dans votre jardin ? Même pas avec votre chéri(e) ? Même pas avec les enfants ? Même pas entre copains ? Alors, vite, dès que le ciel arrête de nous mouiller, prenez le tapis de sol pour vous isoler du froid, le duvet bien chaud (c’est vers 4h ou 5h du mat que le froid devient le plus sensible), la couverture de survie (ça ne coûte quasiment rien et vous évitera de vous réveiller trempé par la rosée), et dormez à la belle étoile. Vous me direz des nouvelles du paysage de la nuit ! C’est gratuit (l’investissement vous servira à bien d’autres occasions), aussi riche et moins bruyant que le meilleur des parcs d’attraction !

51 – Le paysage monument

Paysage_51_2013_09_19

Beau ? Pas beau ? Ce n’est même pas la question : tu nous barbes, avec ton diffuseur de parfum que tu n’utilises jamais et qui encombre l’étagère !

Oui, mais c’est Papa qui me l’a offert. On se faisait rarement des cadeaux, à la maison. Je veux dire des « vrais » cadeaux, emballés et enrubannés. Pas d’argent à consacrer à ça. Alors, je le garde ; et le garderai. Il est le lien avec mon père, disparu depuis trop longtemps, déjà. Il me rappelle tout à la fois son amour pour sa fille, sa vie rude, son sourire si doux ; il me rappelle que je lui dois d’être qui je suis aujourd’hui, dans une lignée où se pressent dans ma mémoire Jean-Jacques, le grand-père, Toinettou, la grand-mère, l’arrière-grand-père « Guil-i-aume » – eh oui, dans ce Sud-ouest de la France, le l « mouillé » était de rigueur – et l’arrière-grand-mère, la Ménine Cathou.

Je suis sûr que vous, c’est pareil. Peut-être que ce que vous gardez précieusement de vos anciens, c’est une chaise sculptée : elle a en plus la valeur de la beauté du geste du sculpteur qu’était votre père.

Ce qui vaut pour nous individuellement vaut pour la société. C’est cela qu’exprime la loi sur la protection des Monuments historiques dont on a fêté les 100 ans lors des Journées du patrimoine le week-end dernier. L’intérêt de telles journées ? Prendre le temps de s’arrêter pour renouveler notre regard. Car je suis sûre que vous ne « voyez » plus – si vous les avez déjà vus – les marques de tâcherons sur les pierres de la façade de l’église, ou l’escargot sculpté sur une des tombes du cimetière. Tout comme vous ne « voyez » même plus la délicatesse de la rosace ornant les dés de raccordement de la chaise sur laquelle vous vous asseyez tous les jours, tant elle fait partie « des meubles », comme on dit si justement…

Au fait, saviez-vous que des arbres sont aussi protégés en tant que monuments historiques ? C’est le cas de cette allée de 257 platanes qu’empruntent quotidiennement des milliers de Seine-et-marnais se rendant à leur travail en passant devant le château de Vaux-le-Vicomte.

10 – Le paysage patrimoine

VillarsLa Violette, là-bas, vous la voyez ? Je veux dire la ferme, bien sûr. Oh, pardon, vous ne pouvez pas la voir, dans son écrin de haies et d’arbres qui l’abritent du vent d’ouest. C’est que le grand-père de la Renée y était attaché, à ses arbres ! Et ces murets en pierre sèche ? Paulette m’a raconté que son arrière grand-père, Alphonse je crois, ramassait les cailloux dans les champs et les alignait ainsi au bord du chemin.

Tu te souviens, toi, de la crise, quand Vanessa ne retrouvait plus la broche en argent que lui avait laissé Mamie ? Opération ménage de printemps en plein décembre : on a tout retourné pendant une semaine, même le frigo et le congel ! Elle y tenait tellement, à cette broche : Mamie l’avait eue en cadeau de sa propre grand-mère pour ses fiançailles. Eh oui, vous héritez d’un simple bijou, d’un château, d’une maison, d’un bout de verger : vous n’avez pas envie que cela se perde. Ou soit dilapidé. Ou revendu au plus offrant. Vous le gardez et le transmettez à votre tour.

Le patrimoine, c’est ce que l’on fait ainsi passer d’une génération à la suivante. Ce qui nous rattache à nos racines et nous tourne vers l’avenir. Donne sens à notre vie en nous situant dans une histoire. Ce n’est pas une question de placement bancaire : cette petite fleur en argent ciselé ne valait pas grand-chose. C’est une question de respect. Respect de Mamie et de sa tendresse pour Vanessa, respect de la grand-mère de Mamie et des mois de petites économies qu’il lui avait fallu mettre bout à bout, patiemment…

50 ans, un siècle, mille ans, plus encore… nos paysages sont le fruit d’années et d’années du travail de la nature et du travail des hommes – de leur amour, aussi -. Un patrimoine légué par nos anciens à nous tous. Un patrimoine que nous lèguerons à notre tour.