92 – Le paysage de demain se prépare aujourd’hui

Des arbres qui ont de la bouteille, on en a en quelques-uns en Lorraine. Ici, c’est un immense platane (voyez la taille des personnes à l’arrière), en pleine forme, dans le parc du Gouverneur à Nancy.

A Billère, dans les  Pyrénées-Atlantiques, aux portes de Pau, c’est un séquoia qui joue les vétérans dans le parc de la Mairie. Planté sans doute en 1880, il a été frappé par la foudre en 1992. On le chouchoute : un hauban a été posé pour le consolider. Le hauban est contrôlé tous les 3 ans et a été refait à neuf en 2010. Le service Espaces verts nous explique qu’un « petit frère a été planté à ses côtés en 1995 pour prendre la relève en cas de défaillance de ce grand spécimen ». La coexistence est, disent-ils, une réussite. Surtout, elle évitera le grand vide quand le papy passera l’arme à gauche. Le paysage de demain se prépare aujourd’hui.

23 – Arlequin et le paysage

Vous vous êtes déjà habillés en Arlequin, vous savez ce drôle couvert de losanges de toutes les couleurs ? …. Oui, oui ; vous  vous êtes déguisés une fois. A Mardi Gras. …  D’accord. Mais je demandais si vous vous étiez déjà habillés en Arlequin. Je veux dire pour aller au boulot, faire les courses  au Leclerc ; habillés, quoi ; le dimanche pour la messe,  le lundi, … tous les jours ! … Comment ça, je perds la tête ? Ah oui, Arlequin, c’est seulement pour se déguiser !

Eh oui, à Mardi Gras, tout est permis, rien n’est sérieux ! On bricole un costume, d’Arlequin ou autre : un jupon récupéré, une veste rapiécée, on ajoute une fleur ici, un châle là. La jupe est à pois rouges, le bonnet vert pomme, le châle à carreaux : peu importe, l’essentiel est de se déguiser. Et de s’amuser.

Pourquoi je posais la question ? C’est assez simple : parce que certains villages – que je prenne la route de Nancy, d’Epinal ou de Vaucouleurs – ont choisi de faire l’Arlequin et le Carnaval tous les jours, avec des enduits rose pâte d’amande, jaune bouton d’or, bleu dragée, vert d’eau, ….

Quand je suis en Suède, je suis en Suède. Et j’y apprécie l’exotisme des  maisons en bois colorées qui y font le charme des banlieues. Mais quand je suis en Lorraine, je veux être en Lorraine, pas dans un mauvais pastiche de la Suède ou d’ailleurs. Cette nouvelle mode d’enduits colorés ? Arlequin. Des déguisements qui  dénaturent les ensembles cohérents de maisons lorraines, ces maisons dont les enduits avaient la couleur du terroir dont ils provenaient, comme les bons fromages ou les bons vins.

On juxtapose les couleurs au petit bonheur la chance. Arlequin le bouffon. A Carnaval, transgresser les codes  et le bon goût est toléré parce que ça ne dure pas. Pas tous les jours. Pas des années. Pas des dizaines d’années.

22 – Un paysage contaminé

Sandrine et Jérémy sont aux anges : ils viennent de signer.  L’aubaine qu’ils guettaient depuis un bout de temps : un terrain pas cher, une vue du tonnerre, pas d’autres voisins que les chevaux dans le pré à côté (ça promet, Sarah était déjà scotchée à la clôture la première fois qu’ils y sont allés !). L’isolement, le calme, la nature à portée de main,  pas si loin de Nancy, si un jour Jérémy est muté.

Les amoureux de la campagne qui, dans les années 70, ont été les premiers à construire sur le flanc des coteaux de la Garonne, venus chercher l’isolement et la vue sur la vallée, n’imaginaient pas  qu’ils se retrouveraient vite entourés d’autres maisons, dans un paysage confisqué qui n’avait plus rien à voir avec ce qui leur avait fait choisir ce lieu.

Allez, on parie ? Sandrine et Jérémy, eux non plus, ne garderont pas longtemps leur vue « du tonnerre », leur pré aux chevaux, leur isolement. La mécanique est enclenchée : vous appréciez un site de rêve ; parce que vous l’appréciez, vous y « plantez » votre maison ; mais en « plantant » votre maison, …. vous changez le site, avec plus ou moins de bonheur.  Et en plus, vous donnez des idées ; à Jérôme et Coralie, qui cherchent à construire ; à Bernard, qui aimerait vendre son pré aussi bien que l’a fait René. La machine est lancée.