58 – Les cimetières dans le paysage

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La place du cimetière dans le paysage a évolué selon les époques, les croyances et les préoccupations. A l’époque gallo-romaine, le dortoir des défunts est en dehors du monde des vivants – à Grand à l’extérieur de la voie circulaire du pomerium. Le christianisme, qui annonce la résurrection des morts avec le Christ, préfère les serrer autour des églises, en terre bénite, comme le spécifiera le concile de Toul en 971. C’est le cas à Avranville comme à Morionvilliers ou à Houéville. A partir du milieu du 18ème siècle, on s’inquiète des problèmes d’hygiène et de santé publique, que viennent exacerber les épidémies de choléra du 19ème siècle. On déplace alors les cimetières à nouveau à l’écart des habitations. Midrevaux, Autigny-la-Tour, Dolaincourt et d’autres en témoignent.

Les villes et les villages s’étendent. Les cimetières sont rattrapés par de nouvelles constructions. Mal pensées – ou plutôt non pensées -, ces évolutions mettent dans le même champ de vision des monuments en pierre de taille soignés et des constructions industrielles nécessaires. Nécessaires, mais pas nécessairement là. Juste là.

13 – Le paysage se transforme

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Vous croyez qu’Obélix imaginait que les Romains construiraient un amphithéâtre à Grand ? 20 000 places au milieu de nulle part, 10 fois plus que le stade Pacini, autant que Marcel-Picot ? Cet amphithéâtre, Libaire, elle, l’a toujours connu ; elle aurait été ravie de savoir que, quelques siècles plus tard, il n’en resterait que deux arches, signe que les Romains, avec leurs cultes païens, s’étaient enfin pris une pâtée – deux arches encore visibles il y a 20 ans, aujourd’hui masquées en partie par la couverture en bois des nouveaux gradins. Le paysage se transforme.

Je n’ai pas vu beaucoup de bêtes pâturer les  pelouses calcaires de Rollainville, mais ces précieux espaces n’existeraient pas aujourd’hui si ces versants, trop secs pour être cultivés, n’avaient pas été pâturés pendant des siècles. Le paysage se transforme.

Le paysage se transforme. Abandon, attaque du phylloxéra, concurrence des vins du sud : seul un petit coup d’œil sur la carte nous confirme qu’il y avait bien des vignes sur tous les versants bien exposés de la région, sur le coteau de Midrevaux, au nord de Dommartin-sur-Vraine, ou à Autigny-la-Tour, par exemple.

Le paysage se transforme. Les terres agricoles épuisées des Landes ont été massivement plantées de pins au 19ème siècle. Il s’agissait d’une décision politique, inscrite dans la loi du 19 juin 1857 qui visait l’assainissement des terres marécageuses. Elle mit fin à la vaine pâture, et les bergers  perdirent leurs moyens de subsistance. Au 20ème siècle, la forêt landaise a subi des incendies importants et en 2008 les ravages de la tempête Klaus.

9 – Le paysage bavard

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Paysage rural ou paysage urbain : c’est un morceau de terre, une part de nature et une part d’action de l’homme. Mais aussi un bout d’histoire. Quel âge, ces maisons qu’on voit à Landaville, avec leur porte cochère ? Allez, 150 ans ? Et ce linteau sculpté d’une accolade, dans la Grand-Rue de Liffol ? Pas loin de 500. Et le gros chêne de la forêt d’Epizon ? Plus jeune ou plus vieux que le tilleul de Saint-Dié, avec ses 750 ans ? Et la clairière de Grand ?

On aligne les années, et on aligne la mémoire : les paysages nous racontent des histoires d’hommes, de femmes et de société. Les maisons de Landaville, avec leurs trois travées, nous racontent qu’on avait des bêtes – la travée de l’étable, avec sa porte et sa fenêtre plus basses, se distingue de la travée d’habitation – et qu’on rentrait des charrettes chargées dans la travée de la grange, avec  sa porte cochère cintrée. Elles nous disent que le calcaire qui se taille bien et résiste au gel était plutôt rare et cher : seuls les encadrements des baies sont en pierre de taille, le reste est en moellons enduits ; et on a même économisé en accolant toujours la fenêtre à la porte, pour n’avoir qu’un montant commun.

Le remblai qui barre la prairie à la sortie de Midrevaux, bel endormi couvert d’arbres et de haies,  a aussi de la mémoire : il nous rappelle le formidable développement du train, jusqu’au fin fond des campagnes, puis son abandon, quand la voiture se démocratisa. Plus jeune, le champ de blé encore à moitié entouré d’une clôture, a remplacé la prairie aux rosés : il nous raconte la politique agricole européenne et ses mauvaises primes… ou le fait que tu n’es pas prêt de te trouver une femme si tu te colles un troupeau de laitières 365 jours par an !

Qu’ils sont bavards, les paysages !

6 – Le paysage relief

VosgesVous n’aimiez pas la géo, à l’école ? Ce n’est pas grave.  Voilà deux semaines que vous regardez le paysage, et vous voyez des combes, des vallons, des coteaux, des plateaux, des ruisseaux, des étangs, une falaise, une crête : de la géographie à l’état pur. De la géographie physique. Et ça passe tout seul ! Heureux miracle !

Le paysage, c’est d’abord cela, ce sol qui supporte tout, avec son relief, avec ses cours d’eau. Autant dire qu’il n’est pas tout jeune, notre paysage. Avec ses accumulations de sédiments qui vous font les calcaires au fond des mers, avec ses soubresauts qui vous font surgir une montagne, avec ses mouvements désordonnés qui vous effondrent une vallée ; puis l’usure du temps et du climat, qui vous arrondit les angles et adoucit les pentes.

Tiens, vous avez vu ? Tous les villages de la vallée de la Saônelle, Villouxel, Pargny-sous-Mureau, Midrevaux, Sionne… tous calés à l’abri de la côte, tournés vers les premiers rayons du soleil levant. Et Autigny-la-Tour ? Lové dans un méandre du Vair. Vous avez vu, aussi, les prairies en fond de vallée, les champs et les forêts sur les plateaux ? Et vous savez que sur les flancs de nos montagnes vosgiennes s’étagent les forêts de feuillus, puis les sapins, enfin les chaumes, ras. Le relief crée les zones d’ombre et les zones de soleil, il crée les abris et les étendues ouvertes, crée les sols fertiles et ceux qui le sont moins. La diversité de la végétation, la diversité de l’occupation des sols…. et la diversité du paysage que nous regardons en résultent directement.