312 – Quand des yeux « neufs » découvrent notre paysage

Dans la chronique de la semaine passée, je vous citais un article du Daily Telegraph de Sydney de 1912, vantant « la Belle France » et ses paysages arborés. Cet engouement des Australiens se confirmera, y compris dans la tragique période de la 1ère Guerre mondiale, et nos routes bordées d’arbres, en particulier, seront un constant objet d’admiration.

Le Sunday Times de Sydney, en août 1915, dans sa rubrique « Nature Study Notes », a un billet sur « les arbres de bord de route » en France et leur histoire depuis François 1er. Car « on ne peut guère brosser un tableau des opérations militaires en France sans remarquer que, lorsque ces scènes se passent à proximité d’une grande route, il s’agit généralement d’une splendide allée d’arbres. Quelle leçon pour nous, où nos grandes routes et les rues de nos banlieues, qui pourraient être bordées avec les plus beaux arbres du monde, sont nues, sans art, sans ornement ».

En octobre 1916, le Register d’Adelaïde, titre « Delightful France » – ravissante France : « Tous les soldats australiens qui ont vu la France se disent enchantés. » Et de poursuivre avec le récit d’un de ces soldats, parlant de la « beauté de la France », des villages « qui semblent incarner la paix (…), presque cachés par les arbres », des « routes, qui sont étroites mais magnifiquement unies, bordées d’arbres d’ornement, de haies ou de bosquets ». « On pourrait écrire des heures sur le sujet », conclut-il.

L’Observer d’Adelaïde, en octobre 1917 cite le lieutenant W.J.Denny, basé en France. Celui-ci décrit l’organisation des villages, autour du curé, les contacts avec la population et, bien sûr, consacre un paragraphe entier aux routes françaises bordées d’arbres : « Toutes les grandes routes et certaines des plus petites sont bordées de magnifiques arbres – d’ornement et quelquefois fruitiers. Généralement, ce sont des peupliers ou des ormes, mais souvent (comme entre Amiens et Albert), des pommiers et des poiriers, avec leur lourd feuillage, dispensent une ombre délicieusement fraîche et permettent, soit dit en passant, aux troupes australiennes de profiter de leurs fruits. Je suis certain que les fermiers-soldats du Commonwealth auront appris une formidable leçon de cette coutume française de planter des arbres toujours et partout ! »

311 – Le paysage de « la belle France »

« La Belle France », c’est, en français, le titre d’un article publié en juin 1912 dans le Daily Telegraph de Sydney. Sur près de quatre colonnes, ce n’est qu’un hymne à la France et à ses paysages, de sa campagne comme de ses villes, et à ceux qui les ont faits. « Ce qu’il y a de fascinant dans le voyage à travers la France, c’est qu’elle apparaît comme un immense panorama où se succèdent, quasiment sans interruption, des fermes et des vergers et des jardins. (…) Le vert charmant des jeunes feuilles de peupliers, de saules, d’ormes, de tilleuls et de marronniers réjouit agréablement l’œil du voyageur. (…) Et la main de l’homme a fait de son mieux pour ajouter à la beauté de la Nature. » A Paris, ce sont les rues plantées d’arbres qui retiennent l’attention de ce voyageur des antipodes :   « La leçon des boulevards a été apprise par d’autres peuples. (…) Mais le Français a refusé de séparer les lieux de plaisir des lieux d’affaires et bon nombre de ses rues encombrées de magasins (…) sont bordées d’alignements d’arbres. Que ne donnerions-nous à Sydney pour qu’un maire, par un coup de baguette magique, élargisse George Street et Pitt Street (…) et les borde d’arbres des deux côtés ? »