24 – Un paysage à gérer

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Que restera-t-il du paysage dans 5 ans, 10 ans, 20 ans – tu crois que c’est loin, Zabeth ; non, tu verras, même 40, c’est demain ! -?  Sandrine et Jérémy  garderont-ils leur vue « du tonnerre » ? Se passera-t-il la même chose que dans la vallée de la Garonne – des maisons qui attirent des maisons, des clôtures qui suivent d’autres clôtures, des gravières qui s’égrènent derrière d’autres gravières ? Que restera-t-il du paysage, bien public, qui nous est donné à tous en partage, dont chacun jouit également ?

L’un (vous) y a gagné (provisoirement), avec sa vue « imprenable » etc, les autres (tous – vous aussi, au bout du compte !) y ont perdu (définitivement). Perdu  la vue (confisquée pour toujours), avec  le reste,  privatisé, appauvri, toujours plus.

Fatalité ? Pas nécessairement. « Les paysages (…) font partie du patrimoine commun de la nation.  Leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état et leur gestion sont d’intérêt général » (article L 110-1 du Code de l’environnement).

La clé est là : dans la gestion. C’est-à-dire dans  la réflexion, l’anticipation, la définition d’objectifs, la définition de plans…. et  une évaluation continue.  C’est de la responsabilité des élus  et de leurs services techniques,  garants du bien commun, en association avec nous.  C’est la raison d’être des plans d’aménagement et des plans d’urbanisme.

Au bout du compte, le paysage est vraiment le visage d’un territoire : mité, il n’est rien d’autre que la preuve éclatante de l’incurie de ses gestionnaires  et  du chacun pour soi de ses habitants. Soigné, il est la vitrine d’un pays où les habitants ont le souci des autres. Un pays où, assurément, il fait bon vivre.

21 – Un paysage confisqué

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En l’espace de 40 ans, « mon » paysage de douceur, cette frange entre vallée de la Garonne et plateaux du Tarnais, je l’ai vu, au gré de mes visites, perdre sa richesse, sa qualité.  Partout, ou presque, des  constructions, toutes clonées, et dans la vallée, des champs de maïs  uniformes,  et  maintenant, les immenses trous des gravières et leurs tas de graviers.

Plus de constructions…  donc moins  de végétation. Moins de végétation, donc moins de chants d’oiseaux. Moins de stridulations de criquets dans l’herbe sèche. Moins de parfums. Moins d’agitation du vent dans les feuilles. Moins d’ombres légères, fragmentées et mouvantes…. Plus de bruits de voix, de radios sur les terrasses,  de ronflements de moteurs, de crissements de pneus sur les graviers, d’échappements qui pétaradent.

Il y a pire, Véronique. T’es prisonnier, malgré toi, dans ton carré de gazon : les clôtures se succèdent, sur des kilomètres,  d’autant plus loin que ton carré – et celui du voisin, et celui du voisin du voisin, et du voisin du voisin du voisin… – est plus grand.  Où veux-tu emmener les gamins pique-niquer ? Où veux-tu aller te promener et oublier un moment les soucis ? Où veux-tu chercher un peu de solitude ? Aller voir les étoiles ? L’espace est devenu inaccessible.  Du paysage, bien public, il ne reste que la façade sur rue. Le reste a été confisqué.

12 – Le paysage bien public

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Revenons à nos moutons. Le paysage, vous n’en avez peut-être rien à cirer…, mais il ne vous loupe pas : il est là, devant la fenêtre, il est là autour de la voiture, il est là, partout ; il vous pourrit la vie s’il est lui-même pourri, il vous apaise, vous rend joyeux, vous met du baume au cœur (vous rend joli / jolie ?) s’il est harmonieux.

Avouez quand même : si vous deviez partir en vacances, vous y feriez gaffe au paysage ! Le gîte qui donne sur la décharge…., la fenêtre face à un champ de pylônes, d’accord, ce n’est vraiment pas cher, mais même si on vous les offrait, pas sûr que vous en voudriez….  Finalement, le paysage, ce n’est pas si nul que ça !

D’autant que nous pouvons le « consommer » – le regarder, le sentir, l’entendre – gratuitement. Que tout le monde y a droit. Et que j’ai beau le regarder, le sentir, l’entendre, il en reste toujours autant à regarder, à sentir, à entendre, pour moi comme pour les autres. Ce n’est pas comme ma réserve de chocolat, que j’ai finie hier, hélas ! Normal : le chocolat n’est pas – à mon grand regret – un bien public !