60 – Le paysage d’automne

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Alors là, il va falloir que vous me croyiez sur parole : l’arbre, à droite, il est presque entièrement rouge (j’aime bien le noir et blanc ; ça vous permet de vous faire votre cinéma…). Je vous promets, l’arbre est on ne peut plus rouge ; à l’intérieur du houppier, on le devine encore vert, puis presque jaune, orangé. Au travers, par transparence, le bleu pâle du ciel. L’arbre, à gauche, est vert, avec des feuilles qui commencent à dorer.

C’était sur la route de Nogent. Des érables.

Vous vous souvenez des pommiers chargés d’une infinité de fleurs roses et blanches au printemps ? Aujourd’hui, ce sont les feuilles qui peignent le tableau. Des masses incroyables de couleurs, par touches mouvantes. Qui changent jour après jour. Qui éclairent le ciel gris. Une palette de verts plus ou moins francs, de jaunes, d’oranges, de bruns, de rouges. Décidément, quelle générosité ! Quel art !  Quelle gratuité, aussi !

C’est l’automne. Mes fleurs de géranium fanent, pinceaux noirs rabougris. Mes dahlias s’effondrent en une mauvaise purée d’épinards brunâtres. Vive les arbres !

56 – Le paysage de couture

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Paysages naturels et paysages des villes et villages ont chacun leur propre structure, leur propre organisation. Mais des liens existent entre les deux. Les voies de transport – routes, voies ferrées, canaux – ont vocation à tricoter ensemble tous les morceaux du paysage. Elles se glissent de la campagne dans les villes, traversant au passage les villages.

D’autres éléments de liaison existent. Le long muret en pierres sèches présent aux abords des premières maisons de Brechainville se prolonge dans un paysage de prairies en direction de La Violette. Ici, ce sont les arbres qui bordent la route dans la rase campagne du Brandebourg, en Allemagne, qui pénètrent jusqu’au cœur du village.

Ces liaisons permettent les échanges entre les milieux, amènent très simplement la nature en ville. Elles créent une transition progressive entre deux univers, adoucissant le passage de l’un à l’autre.

54 – L’odeur, avant-goût du paysage

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Pour aller présenter mes travaux dans le cadre du projet ITTECOP (Infrastructures de Transport Terrestres, Ecosystèmes et Paysages), piloté par le ministère de l’écologie, j’ai choisi le train. Je suis arrivée à la gare TGV d’Aix-en-Provence après dix heures du soir. Il faisait encore chaud. Quelques heures plus tôt, à Neufchâteau, les températures avaient, elles aussi, allègrement dépassé les 25 °C.

Un parking de gare grillagé, une voie rapide et un parking d’hôtel exigu : c’est tout ce que j’ai vu du paysage de la Provence ce soir là. Un paysage banal.

Et pourtant. A peine débarquée, je savais que le paysage du lendemain n’aurait pas grand chose à voir avec nos paysages lorrains. J’étais enveloppée, au cœur même de la gare, par une odeur chaude, subtile, complexe de résine, nouvelle pour moi. Un vrai délice. Et une vraie promesse : demain, je découvrirais les grands platanes qui font de l’ombre au cœur des villages, les maisons élancées pressées le long de ruelles étroites au sommet d’une colline, et surtout, surtout, la garrigue, qui m’offrait un avant-goût de ses parfums.

51 – Le paysage monument

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Beau ? Pas beau ? Ce n’est même pas la question : tu nous barbes, avec ton diffuseur de parfum que tu n’utilises jamais et qui encombre l’étagère !

Oui, mais c’est Papa qui me l’a offert. On se faisait rarement des cadeaux, à la maison. Je veux dire des « vrais » cadeaux, emballés et enrubannés. Pas d’argent à consacrer à ça. Alors, je le garde ; et le garderai. Il est le lien avec mon père, disparu depuis trop longtemps, déjà. Il me rappelle tout à la fois son amour pour sa fille, sa vie rude, son sourire si doux ; il me rappelle que je lui dois d’être qui je suis aujourd’hui, dans une lignée où se pressent dans ma mémoire Jean-Jacques, le grand-père, Toinettou, la grand-mère, l’arrière-grand-père « Guil-i-aume » – eh oui, dans ce Sud-ouest de la France, le l « mouillé » était de rigueur – et l’arrière-grand-mère, la Ménine Cathou.

Je suis sûr que vous, c’est pareil. Peut-être que ce que vous gardez précieusement de vos anciens, c’est une chaise sculptée : elle a en plus la valeur de la beauté du geste du sculpteur qu’était votre père.

Ce qui vaut pour nous individuellement vaut pour la société. C’est cela qu’exprime la loi sur la protection des Monuments historiques dont on a fêté les 100 ans lors des Journées du patrimoine le week-end dernier. L’intérêt de telles journées ? Prendre le temps de s’arrêter pour renouveler notre regard. Car je suis sûre que vous ne « voyez » plus – si vous les avez déjà vus – les marques de tâcherons sur les pierres de la façade de l’église, ou l’escargot sculpté sur une des tombes du cimetière. Tout comme vous ne « voyez » même plus la délicatesse de la rosace ornant les dés de raccordement de la chaise sur laquelle vous vous asseyez tous les jours, tant elle fait partie « des meubles », comme on dit si justement…

Au fait, saviez-vous que des arbres sont aussi protégés en tant que monuments historiques ? C’est le cas de cette allée de 257 platanes qu’empruntent quotidiennement des milliers de Seine-et-marnais se rendant à leur travail en passant devant le château de Vaux-le-Vicomte.