96 – Le paysage de la belle étoile

J’vais l’écrire ? J’vais pas l’écrire ? D’habitude, à cette époque, je vous demande si vous êtes sorti avec Rémi ou Coralie pour profiter du paysage, et là, je voulais même vous demander autre chose. Mais le temps nous a tellement mouillés ! Tant pis, j’me lance !

Je lis « Jardin, paysage et patrimoine. Nouvelles pratiques ». C’est un des cahiers techniques  publiés par l’association REMPART pour aider tous ceux, associations, petites communes et autres, qui travaillent à la restauration et à la mise en valeur de leur patrimoine comme à Lafauche ou ailleurs.

L’auteur, Joël Chatain, est un paysagiste-conseil balèze. Un de ces gars à la fois pointus, fins, et proches. Ses réalisations sont à son image : sensibles, simples et généreuses à la fois. C’est sa recommandation aux paysagistes (et aux autres) qui m’a donné l’idée de ma question : « il est important de dormir dans votre terrain, à la belle étoile ou sous la tente ; de cette manière, vous prendrez le temps des contemplations sur le cycle complet d’une journée à défaut de suivre un terrain sur une année complète ».

Alors, vous avez déjà dormi à la belle étoile ? Non ? Même pas dans votre jardin ? Même pas avec votre chéri(e) ? Même pas avec les enfants ? Même pas entre copains ? Alors, vite, dès que le ciel arrête de nous mouiller, prenez le tapis de sol pour vous isoler du froid, le duvet bien chaud (c’est vers 4h ou 5h du mat que le froid devient le plus sensible), la couverture de survie (ça ne coûte quasiment rien et vous évitera de vous réveiller trempé par la rosée), et dormez à la belle étoile. Vous me direz des nouvelles du paysage de la nuit ! C’est gratuit (l’investissement vous servira à bien d’autres occasions), aussi riche et moins bruyant que le meilleur des parcs d’attraction !

95 – Le coin du paysage

Après le salon de la Chronique précédente, à l’ombre d’un catalpa, en Isère, voici la cuisine au bord de l’eau à Stockholm, en Suède.

Ça ne vous donne pas envie de vous installer, tranquillement, pour un petit barbecue ? D’accord, il y a le charme de l’eau et des bateaux, cela attire toujours. Mais il y a aussi la qualité de ce petit coin très simple.

Au fait, vous avez déjà remarqué ce mot : « coin » ? « Je me suis aménagé un coin sympa dans le garage, avec un bureau ». « Les enfants ont leur petit coin dans le salon »…

Le coin, c’est cet espace à soi, où on se sent bien. Dans les faits, ce « coin » n’est pas toujours à l’angle de la pièce, mais c’est à cette image qu’il nous renvoie : l’espace calé à l’angle de deux murs, ouvert sur les deux autres côtés. Un espace où on se sent à l’abri – aucun danger à craindre dans notre dos – ; où l’on ne se sent pas enfermé – la vue devant nous est dégagée – ; où on peut s’appuyer confortablement.

Justement, ici, ce qui fait l’agrément de cet espace de pique-nique au pied des immeubles, c’est ce vrai « coin », à l’abri d’un petit mur de soutènement. Ou plutôt ces coins, car il y en a plusieurs, de tailles différentes, à des niveaux différents, pour les petits et pour les grands,  créés par les marches et par le tracé irrégulier de la plate-forme.

Pas de mobiliers de catalogue « design » et coûteux (qui seront bientôt passés de mode), pas de matériaux luxueux. Simplement l’art de tirer parti de l’existant, la différence de niveau entre la berge et le chemin.

94 – Le salon du paysage

Ce que j’ai photographié là ? Vous n’avez pas deviné ? Oh, c’est pourtant évident ! C’est bien sûr une cantine d’été : un catalpa dont les branches rejoignent le sol, un bouleau aérien qui offre une ombre légère, deux bouts de haie, deux tables en bois toutes simples avec leurs bancs. 

Il n’a pas fallu beaucoup de moyens pour aménager cet espace ; il n’en faut pas plus pour l’entretenir. En laissant l’arbre faire son travail d’arbre et se développer, on a créé tout simplement un salon de verdure qu’on pourrait imaginer au fond d’un jardin bucolique. Il n’en est rien : le parking est dans mon dos, les bureaux et l’atelier au fond, à droite la route et la voie ferrée. Venez ! Suivez-moi sous les arbres. Ainsi isolés, nous pourrons, le temps du déjeûner, oublier que nous sommes au turbin. Allons, ne tardons pas, les places y sont chères aux beaux jours

93 – Dans 500 ans, le paysage…

Des paysages préparés pour demain, on n’en voit pas beaucoup.

Demain ? Je veux dire dans 50 ans, 100 ans, 500 ans…

Sur cette photo de Saint-Dié, on voit un jeune tilleul encore tuteuré à gauche, et à droite l’énorme houppier du tilleul de la cathédrale, planté de l’autre côté du mur, et qui a au moins 600 ans (la pancarte qui l’accompagne lui en donne 800…). Eh oui, avec les arbres, il faut voir grand, et loin : quand on plante, ce n’est pas pour 20 ans.

Ici, comme pour le vieux séquoia de Billière, on a eu la sagesse de prévoir la relève.