Les sources d’inspiration

92 – Le paysage de demain se prépare aujourd’hui

Des arbres qui ont de la bouteille, on en a en quelques-uns en Lorraine. Ici, c’est un immense platane (voyez la taille des personnes à l’arrière), en pleine forme, dans le parc du Gouverneur à Nancy.

A Billère, dans les  Pyrénées-Atlantiques, aux portes de Pau, c’est un séquoia qui joue les vétérans dans le parc de la Mairie. Planté sans doute en 1880, il a été frappé par la foudre en 1992. On le chouchoute : un hauban a été posé pour le consolider. Le hauban est contrôlé tous les 3 ans et a été refait à neuf en 2010. Le service Espaces verts nous explique qu’un « petit frère a été planté à ses côtés en 1995 pour prendre la relève en cas de défaillance de ce grand spécimen ». La coexistence est, disent-ils, une réussite. Surtout, elle évitera le grand vide quand le papy passera l’arme à gauche. Le paysage de demain se prépare aujourd’hui.

91 – La relève du paysage

Je ne sais pas vous, mais moi, j’aime bien la jeunesse. J’aime bien nos petits bouts d’chou, pleins de tendresse et de câlins, des éponges à savoirs qui s’émerveillent d’un rien et que tout intéresse… J’aime bien les ados, dont on voit la personnalité se forger, piochant nécessairement dans ce que leurs parents et leurs éducateurs leur ont transmis, mais cherchant leur propre chemin. J’aime bien les tout jeunes adultes, construisant leur vie, s’engageant pour défendre les valeurs qui leur tiennent à cœur.

J’aime aussi les vieillards. Les anciens, comme on dit maintenant. Dont le visage, unique, porte toutes les traces de leur vie, unique ; des visages qui s’adoucissent en s’amollissant un peu, ridés des sourires passés.

De la même manière, j’aime les vieux arbres. Les vétérans, disent nos amis anglais qui savent si bien en prendre soin. Les troncs noueux de vieux tilleuls bosselés, creux, dont je n’arrive pas à faire le tour avec mes bras, les fûts rectilignes et lisses de hêtres aux reflets argentés, l’univers des immenses ramures de platanes centenaires, les branches torturées des tortillards. Mais j’aime aussi les petits jeunots. Car ils sont l’avenir. Mais vous en voyez beaucoup, vous, dans les prés, au bord des rivières, sur les places ou dans les rues ?

90 – Bingo, le paysage !

Alors, comme ça, pour les arbres, vous ne savez pas faire ? Comme ça, un beau matin, vous frissonnez, réalisant qu’une branche a poussé (hé hé, ça fait longtemps qu’elle pousse, la coquine !), manquant d’étêter le passant ? Et passe, heureux hasard, un qui se dit élagueur et vous promet d’enlever la grosse branche qui gêne ? Et pour le prix, vous dit qu’il enlève et le haut et le bas ? Ni une ni deux, vous topez, lui donnez carte blanche ? Aïe, le mal est fait. L’arbre est démembré, l’arbre est étêté. Et vous avez perdu le jackpot : payé pour « ça », perdu votre arbre, et bien parti pour un contrat de fidélité avec votre scieur ; il le faudra pour éviter que les nouvelles branches (ben oui, ça va pousser, ça va pousser !), mal insérées, poussant et se poussant, ne tombent sur le crâne du passant.

Mais non, c’était un mauvais rêve ! La vraie histoire, c’est celle-là : vous savez une chose, une seule, et c’est l’essentiel : les arbres, ça vit, donc c’est comme les gamins, faut préparer l’avenir. L’histoire se passe donc bien des années avant, quand la branche est encore toute toute pitchoune.

Le reste, vous ne savez pas, mais ce n’est pas grave. Vous savez que vous ne savez pas. C’est déjà beaucoup. Vous savez qu’on ne se fait pas opérer par son facteur, même s’il est gentil et que c’est le voisin. Vous savez vérifier la réputation de votre hôpital et l’état de votre ami fraîchement déplâtré avant de réserver votre quinzaine à l’hosto. Et vous faites la même chose pour votre arbre : vous vous renseignez. Auprès des amoureux, bien sûr (vous savez bien, c’est comme cela que je les appelle, les associations et leurs membres…), la Société Française d’Arboriculture, par exemple, et bien sûr, le CAUE de Seine-et-Marne, qui est une mine, avec toutes ses infos sur son site internet. Vous vous entourez d’un expert en arboriculture ornementale sérieux (encore une histoire de réputation) pour rédiger un cahier des charges solide. Vous échangez, vous apprenez. Vous allez voir ce que font les uns et les autres. Vous comparez. Bingo !

89 – L’humain, en première ligne du paysage

La revue de l’association Maisons Paysannes de France nous livre régulièrement des histoires d’amoureux et de réussites. Voyez celle qu’elle nous propose dans son n° 192. Une histoire de relations humaines et d’engagement, pour commencer : la secrétaire de mairie du village de La Touche, dans la Drôme, connaît un architecte ami de Maisons Paysannes de France. Ami de MPF… donc attaché à respecter les constructions anciennes. Inspiré par le lieu, au lieu d’une  nouvelle salle communale, il propose finalement une halle  (on est dans le Sud !) et surtout une charpente traditionnelle, dans l’esprit des constructions environnantes.

On aime les fondations solides, à La Touche : le maire et une délégation du conseil se rendent  au Puy-en-Velay, où l’architecte a réalisé plusieurs projets, afin de vérifier qu’ils sont bien « sur la même longueur d’onde ». Une fois les artisans retenus, le maire et une délégation iront de même vérifier en direct les capacités de ceux-ci en leur rendant visite.

Une construction traditionnelle, c’est un beau concentré de savoir-faire. Le cahier des charges, établi de manière rigoureuse, a permis d’éliminer les artisans trop « légers » en compétences, et de retenir des « bons » : formés solidement et continuant à se former (le patron de l’entreprise de charpente est un Compagnon et ses apprentis se forment aux techniques de la charpente traditionnelle), engagés dans la préservation de la construction traditionnelle (le maçon est lui-même …. membre de l’association Maisons Paysannes de France).  

Prenez-en de la graine, car le bilan tiré est largement positif : le bilan paysager bien sûr, et le bilan carbone (uniquement des matériaux locaux ou réemployés !), mais surtout le bilan économique et humain : le coût du projet se décompose en 70 % pour une main d’œuvre qualifiée et de proximité, et 30 % pour les matériaux. Pour un prix équivalent et une construction avec les techniques industrielles passe-partout, la part de la main-d’œuvre n’aurait été que de 30 %, et les 70  % restant auraient concerné des matériaux industriels venus de loin.

Cerises  sur le gâteau : des économies en cours de chantier, grâce à l’intelligence des artisans, et un très fort intérêt des habitants et des passants, qui s’arrêtaient pour discuter des travaux.