27 – Le micro-paysage

Paysage_27_2013_03_15

Degré « zéro » de la peinture et du paysage : blanc sur blanc, blanc à perte de vue, blanc à y perdre la vue. Sans piquets, arbres, haies, hangar, cabane.

Il a suffi de quelques jours de soleil pour que, sur cette toile blanche, on voie se dessiner des tissus rayés « tennis » ou « craie », des toiles à chevrons, « pied-de-poule », « Prince-de-Galles » ou « caviar ».

Ce qui nous paraît si « plat » en temps normal est tout à coup apparu en relief et l’on a vu clairement les billons faisant onduler les prairies en bandes régulières. Témoins, des décennies après leur abandon, de techniques qui permettaient le drainage des planches de culture, bombées, et l’écoulement des eaux vers les bords des parcelles et les fonds des vallons. En planches larges, une fois la hauteur de l’ados voulue atteinte, on alternait les labours rejetant la terre vers le centre, pratiqués pour les céréales d’hiver pour éviter la pourriture des racines, et les labours rejetant la terre vers les bords, pour les semailles de printemps, nécessitant de l’humidité pour la levée.

Dans les champs, arasés peu à peu par les labours à plat, pour peu qu’ils soient transversaux, les microreliefs se brouillent, créant des motifs géométriques nouveaux, qui accrochent le regard en même temps qu’ils signent la perte d’une science patiente, de techniques de labour fines pratiquées par des générations de laboureurs.

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