15 – Le paysage ou le confort de l’habitude

Paysage_15_2012_12_21

Le paysage se transforme. On s’en aperçoit plus ou moins. Puis on s’habitue.

Les jardins et les chemins bordés de haies bruissaient du chant d’oiseaux, de crissements de criquets, du vent dans les feuilles, de haies qui prenaient les couleurs d’automne, d’hiver, de printemps et d’été, sentaient la terre mouillée ou l’aubépine. Le parking a fait place nette. C’est maintenant le même revêtement gris devant, derrière, à droite, à gauche ; les mêmes bruits de moteurs, de chariots qui cahotent, de gosses qui pleurent, de pères qui jurent, 6 jours sur 7, du premier au dernier mois de l’année.

On s’habitue à la stérilité du parking. Comme on s’habitue à tout. Au fait que les filles conduisent des bus. Aux rhumatismes qui vous bloquent le genou.  A Denise, qui gueule à peine qu’on a poussé la porte et enlevé les bottes.

Mais, dites-voir, si vous deviez choisir, vous choisiriez une Denise qui ne gueule pas ! Car ce n’est pas parce qu’on s’habitue qu’on est heureux. C’est simplement plus confortable. A cause de la soupe, bien sûr ; et des chemises ; et du mal que ça fait de se souvenir que vous étiez amoureux – à la vie, à la mort.

Ce n’est pas parce qu’on s’est habitué à un parking saturé de voitures à la place de jardins,  à une façade défigurée par de mauvais crépis écrasés sans art, qu’on a gagné en bonheur. C’est simplement plus confortable de s’habituer ; et de croire – un peu lâchement, non ? – qu’on n’y peut pas grand chose.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s